Dérive et le temps : le cycle paradoxal.

DeriveLa fin d’une partie à Dérive est uniquement déterminée par la réalisation de l’objectif par l’un des joueurs. C’est évidemment a priori le propre de tous jeux. Mais précisons cette idée. En effet, en particulier, la perte de matériel ou de puissance n’est jamais définitive et ne détermine pas ­ au moins à elle seule ­ le début ou la fin d’une partie. La perte de matériel s’exprime par une perte de contrôle de l’espace et de tempo : perte des coups investis dans une pièce pour la faire naître, modifier sa puissance et lui donner une position.

Il est clair qu’à Dérive nous sommes à l’opposé de l’esprit exterminateur des Dames où la destruction du matériel de l’adversaire est un but en soi. Et, même si l’exercice est plus noble aux Echecs, il n’en reste pas moins vrai que la perte d’une pièce importante apparaît souvent comme fatidique. Ainsi, aux Echecs la fin d’une partie n’est ­ loin s’en faut ­ pas nécessairement déterminée par un matériel moindre qu’en début de partie : toutefois, inexorablement, la fin de partie s’approche avec la perte de matériel (même si la promotion du pion atténue cette affirmation).

A Dérive, ce n’est pas le cas. Ceci ne signifie aucunement qu’une pièce n’ait pas à être protégée. Mais cette notion est beaucoup plus relative et dynamique.

A priori, donc, une partie de Dérive n’est jamais finie ! Elle s’inscrit dans un cycle qui n’est pas sans rappeler ­ sur un plan sportif cette fois ­ un match de tennis avec les prises d’avantages successives ou celui du bras de fer où l’adversaire en difficulté n’a définitivement perdu (ou gagné !) qu’à la fin. Mais justement à Dérive, cette fin semble théorique et une partie peut donc ­ en théorie ­ ne jamais trouver d’issue. Cependant, paradoxalement, à un moment donné du jeu, la partie bascule, pour l’un des joueurs, dans un réseau de coups qui le rende inéluctablement vainqueur, s’il sait ­ bien sûr ­ en tirer avantage.

Dérive est donc vécu comme un jeu cyclique, comme une respiration, comme un moment de vie où, paradoxalement la fin surgit souvent lorsqu’on ne l’attend pas, soit directement, par un manque de vision d’ensemble du jeu, soit inexorablement par manque de temps.

C’est pour ces raisons qu’une partie de Dérive ­ sur un plan plus artistique cette fois ­ ressemble à une spirale où l’instant de créativité et le plaisir qui en jaillit apparaît à la fois de manière inattendue (pour l’un des joueurs) et de manière construite (pour l’autre joueur). A Dérive, le joueur oriente le temps (les coups joués) vers la construction de son objectif et c’est sa seule volonté (hormis dans les variantes avec jet de dé) qui, ­ opposée à celle de son adversaire, ­ l’amène au gain de la partie.

 

 

Sommaire du livre

 

 

 

 

 

 

 

 

© 1999 - Dérive est édité par Couleur Voyelles - BP 5044 - 69246 Lyon cedex 05 - France
http://www.couleur-voyelles.fr
Marques et modèle déposés. Tous droits réservés.